mardi 4 décembre 2012

Le Salon

  
   A compter des années 1850, le nombre d’artistes connaît une véritable envolée. Dans leur livre La Carrière des peintres au XIXème, Harrison et Cynthia White évoquent le nombre minimal de 3000 peintres ayant soumis leurs œuvres au jury du Salon de 1863 à Paris. Il faut imaginer comme dans l’œuvre d’Edouard Dantan (1848 - 1897) Un coin du Salon de 1880 (ci-dessous), ces dizaines d’œuvres couvrant les murs du sol au plafond. Les foules se pressent et l'art est un véritable phénomène de société.     
 

Dans un article paru dans la revue Le Voltaire, Emile Zola nous fait un commentaire savoureux du Salon de 1880 que nous reproduisons ici agrémenté de quelques clichés d'époque.

Edmond Turquet
   "Cette année, l'ouverture du Salon a remué singulièrement le monde des artistes. Depuis vingt ans que je suis les expositions, je m'aperçois qu'il n'y a pas de gens plus difficiles à contenter que les peintres et les sculpteurs. Tout à l'heure, je tâcherai de déterminer les raisons qui les rendent si nerveux. En attendant, voici les faits. Le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, M. Turquet, aidé de ses employés, a eu l'ambition d'attacher son nom à des réformes. C'est là un trait caractéristique ; tout nouvel administrateur qui croit tenir entre les mains la gloire artistique de la France, se trouve pris d'une fureur de zèle extraordinaire. Il rêve aussitôt de nous doter de grands hommes et il a l'étrange espoir d'en fabriquer, en prenant mesure sur mesure. Donc, M. Turquet est venu à son tour modifier le règlement du Salon. Il s'est surtout attaqué au classement des œuvres exposées ; avant lui, on accrochait les tableaux dans l'enfilade des salles, en se contentant de suivre l'ordre alphabétique ; lui, homme d'ordre, a créé quatre catégories : les artistes hors concours, les artistes qui sont de droit exemptés de l'examen du jury, les artistes qui n'en sont pas exemptés, et enfin les artistes étrangers.
 
 
Au premier abord, cela semble innocent ; il y a même là quatre groupes logiquement établis, et la mesure paraît excellente. Eh bien ! on ne peut s'imaginer le bouleversement que le classement de M. Turquet a produit. Personne n'est content, tous les peintres crient, les ateliers sont en révolution. Les peintres hors concours, ceux qui ne peuvent recevoir que la grande médaille d'honneur ou la croix, sont les mieux partagés ; car, malgré leur petit nombre, on leur a accordé presque autant de salles qu'aux artistes exemptés, ce qui a permis de mettre tous leurs tableaux sur la cimaise, en une seule rangée. La question de la place, bonne ou mauvaise, est capitale au Salon. Chaque artiste rêve la cimaise et un milieu de panneau. Cependant, les hors-concours ne se sont pas encore déclarés satisfaits. Un résultat qu'on devait attendre les a gênés, dans leur isolement. Il y a, parmi eux, des artistes démodés qui ont eu des succès vers 1840, et qui, aujourd'hui, envoient au Salon d'abominables toiles devant lesquelles le jury doit s'incliner. Lorsque ces toiles se trouvaient perdues dans la cohue de toutes les œuvres exposées, elles passaient presque inaperçues. Mais aujourd'hui que les voilà à part, très à l'aise et très en vue, écrasées par le voisinage des grands succès de l'heure présente, elles apparaissent dans leur médiocrité lamentable, presque comique. On ne trouve certainement pas parmi les non-exemptés, parmi les élèves sans talent que l'influence de leurs maîtres fait recevoir chaque année, des peintres aussi dénués de toutes qualités originales ; ce qui a fait dire avec raison que les plus mauvais tableaux du Salon sont accrochés dans les salles des hors-concours. On se doutait bien un peu de la chose, mais le résultat dépasse vraiment les prévisions. C'est peut-être même là une des conséquences les plus utiles du classement inventé par M. Turquet. Désormais, si on conserve le jury, toutes les œuvres devraient lui être soumises, car il est ridicule d'admettre qu'un peintre récompensé en 1840 ait reçu par là même un brevet de talent éternel. Vous imaginez-vous l'étonnement du public, mis en présence d'œuvres grotesques, et qu'on lui donne comme la fleur de l'école française ? Les artistes hors concours que la mode acclame aujourd'hui, sont donc très vite vexés du voisinage de ces peintres démodés qui leur rappellent qu'en dehors de l'originalité, il n'y a que vieillesse précoce. C'est la chiffonnière en haillons plantée sur le passage de la fille vêtue de soie dont la voiture l'éclabousse.
   Quant aux exempts et non-exempts, ils sont furieux contre l'administration qui les a empilés dans les salles, qui a accroché leurs tableaux jusqu'aux corniches, lorsque les hors-concours sont logés si au large. Encore les exempts, c'est-à-dire les artistes qui se trouvent exemptés de l'examen du jury par une médaille, n'ont-ils pas trop à se plaindre : leur nombre est restreint et on leur a donné des salles bien placées, où ils sont seulement un peu serrés. Mais les non-exempts, le grand troupeau, ont réellement raison de se fâcher. Si le jury les reçoit, c'est pour que l'Administration les montre au public ; or, ce n'est plus montrer des tableaux que de les entasser le long des murs à des hauteurs que les regards ne peuvent atteindre. Ils sont là comme des soldats dans des wagons à bestiaux. Et le pis est que les salles n'ont pas suffi : on a accroché des toiles en plein air, tout le long de la galerie qui règne autour du jardin.
 
 
Jamais déballage pareil n'a mis sous la lumière du soleil une misère plus triste. On dira sans doute que le jury n'a pas été assez sévère, que l'Administration s'est trouvée débordée par la quantité toujours croissante des oeuvres reçues. Cela est vrai, et je parlerai tout à l'heure de cette marée montante. Il n'en est pas moins évident que les artistes reçus se plaignent, avec raison, d'être exposés dans des conditions inacceptables, lorsque d'autres le sont dans d'excellentes conditions. Et ce n'est pas tout. Voici maintenant le groupe des artistes étrangers qui se lamente. Ces artistes prétendent que, lorsqu'ils viennent exposer en France, c'est pour se trouver en compagnie des artistes français, et non pour être relégués à part, comme cela se pratique dans les expositions universelles. Je dirai que cette plainte me paraît assez juste. Beaucoup d'artistes étrangers entendent avant tout se mesurer avec les artistes français et regardent comme un honneur de marcher dans leurs rangs. Si on les met à part, c'est comme si on les laissait chez eux. Puis, il faut bien le dire, la plupart sont médiocres, le public néglige les Salons où on les a entassés. Dans cette rage de tout diviser et de tout classifier, pourquoi ne pas exposer les peintres nés à Paris d'un côté, et de l'autre, les peintres nés en province ?
   Ainsi donc, les réformes de M. Turquet ont été fort mal accueillies. Elles n'apportent rien d'utile ; elles ont simplement fait voir le ramollissement de certains peintres hors concours, que leurs amis devraient empêcher de produire. Je ne vois aucun avantage à ces groupements, qui désorientent le public, habitué à l'ordre alphabétique ; cette année, pour trouver une toile qu'on désire voir, il faut un véritable travail, une course à travers un déluge de tableaux. D'ailleurs, si le classement est peu heureux, il ne faut pas non plus le regarder comme un désastre. C'est une tentative sans conséquence sérieuse, qui ne me paraît pas appelée à réussir, voilà tout."

lundi 26 novembre 2012

The Beaney


   Après plusieurs années de travaux, le Musée de Cantorbéry, The Beaney*, vient de rouvrir ses portes. Située dans le Kent, cette maison des arts et de la connaissance fut fondée en 1858 et bénéficia du legs du Dr James George Beaney. La Reine Victoria lui confère le titre de Musée royal en 1899. Au pied de l'impressionnante cathédrale, ce musée hétéroclite et plein de charme se situe au coeur de cette ville dont Virginia Woolf disait : "There is no lovelier place in the world than Canterbury".


Vous y découvrirez notamment The Little Girl at the Door peinte en 1910 par Harriet Halhed (1850 - 1933, photo ci-dessus) qui fait écho à l'attachant portrait de Marguerite Van Mons de Théo Van Rysselberghe (1862 - 1926) peint 24 ans plus tôt et visible au Musée de Gant (ci-dessous). Ces deux jeunes filles aux robes noires partent-elles ? ou nous dissuadent-elles d'ouvrir ces portes ? A dessein, le défaut d'expression de leurs visages n'apporte pas de réponses. Ces simples portraits deviennent des oeuvres énigmatiques dont on se plaît à chercher le sens caché.  
 
 

Pelle SWEDLUND (1865 - 1947)

 

   Per Adolf dit Pelle SWEDLUND naît le 6 octobre 1865 près de la mer Baltique à Gälve en Suède. Son père, professeur de Lycée l’oriente sans doute vers l’enseignement et après de brèves études à Upsal, Pelle devient instituteur dans sa ville de Gälve. La perspective de cet avenir trop vite écrit le pousse peut être à embrasser la vie d’artiste. Il part à Stockholm et rentre à 21 ans aux Beaux-Arts. Il en ressortira médaillé trois ans plus tard. En 1892, il quitte la Suède pour la France et intègre l’Académie Julian. Nous n’avons que peu de détails sur son passage en France. A-t-il fréquenté la colonie d’artistes scandinaves de Grez-sur-Loing ? Aucune trace ne l’atteste. Il est vrai que la présence des artistes nordiques dans ce village des abords de la forêt de Fontainebleau fut à son apogée dans les années 80.


Pelle Swedlund visite la Bretagne. Le caractère symboliste et synthétiste que prendra son œuvre est peut être né en pays breton. Durant ces années 90, il n’est pas exclu que Pelle Swedlund ait fréquenté à Paris son compatriote Ivan Aguéli (1869 - 1917) qui fut initié au symbolisme et à la pratique de la peinture synthétique par Emile Bernard (1868 - 1941). L’artiste visite l’Italie et s’installera en Flandre dans la ville de Bruges qu’il affectionne particulièrement. Il expose à Stockholm en 1899, date des premières acquisitions de ses œuvres par les musées nationaux dont celui de Göteborg.


L’artiste revient en Suède au début de XXème. Il expose à Munich en 1905, puis à Göteborg en 1906 et Stockholm en 1912. Pelle Swedlund peint de nombreuses marines et soleils couchants sur l’île de Gotland. L’artiste ne souhaite retenir que l’essentiel. Les formes sont réduites en aplats sombres qui mettent en valeur les dernières lumières du crépuscule. Une ombre humaine souligne parfois un sentiment romantique de solitude. Aussi colorées soient elles, ces peintures sont l’expression d’une même mélancolie, sans doute celle de cet artiste solitaire alors en fin de vie. L’œuvre et le parcours de Pelle Swedlund ne sont pas sans ressemblances avec la vie de l’artiste américain, Albert Pinkham Ryder (1847 - 1917).


Pelle Swedlund sera pendant 14 ans de 1932 à 1946 le Conservateur de la Galerie Thiel* à Stockholm. Resté célibataire, l’artiste s’éteint dans son village natal de Gälve en 1947 à l’âge de 82 ans.



* : riche banquier avant de faire faillite, Ernest Thiel (1859 - 1947) et sa première épouse Anna Josephson collectionnèrent les œuvres de l’avant-garde scandinaves aujourd'hui toujours visibles à la Galerie Thiel à Stockholm.

samedi 6 octobre 2012

Hippolyte LÉTY (1878 - 1959)


Crue de la Seine à Paris, 1910

   Hippolyte LÉTY est né le 24 janvier 1878 à Vienne en Isère. En dépit d’une carrière de professeur aux Beaux-Arts de Tourcoing dans le Nord, l'artiste restera très attaché à l’Isère où il prendra sa retraite. Sa formation aura été des plus solides ; de l’initiation d’Antoine-Christian Zacharie dit Tony Zac (1819 - 1899) à Alexandre François Bonnardel (1867 - 1942) aux Beaux-Arts de Lyon, et enfin à Paris, auprès de Luc-Olivier Merson (1846 - 1920), Léon Bonnat (1833 - 1922) et Ferdinand Humbert (1842 - 1934). L’artiste sera médaillé aux Salons (1908, 1926) et recevra en 1925 le prix Raigecourt-Goyon. 
La peinture d’Hippolyte Léty aura fortement évolué. L’académisme de Galathée et Polyphème primé au Salon de 1908 (ci-dessus), laissera place à une peinture aux accents impressionnistes mais qui deviendra au fil du temps plus figurative et commune. Hippolyte Léty aura peint sa ville de Vienne, les bords du Rhône mais aussi la montagne et la Méditerranée. L’artiste décède en 1959 à l’âge de 81 ans. Nous reproduisons ici in extenso un article du Journal de Vienne et de l’Isère écrit par Prosper Gien et paru en décembre 1941 qui relate en détail le parcours du peintre.  
    
Les usines Kulhmann
à Saint-André

Rencontre avec Hippolyte LÉTY

C’est dans la petite maison familiale blottie à mi-coteau de St-Marcel que nous avons voulu rencontrer le bon peintre viennois H. Léty. Par le petit escalier étroit, nous avons gagné l’atelier du peintre et le balcon, duquel on aperçoit, dans cette brume bleutée qui est l’ambiance même de nos contrées rhodaniennes, le contour imprécis des collines de la rive gauche et le fleuve qui fuit vers la Provence au soleil éternel. Nous avons un moment admiré le site où les tons de l’arrière-saison jetaient leurs ors abondants avant de revenir nous asseoir près du chevalet où le peintre travaillait à un panneau décoratif représentant Vienne. Notre région tient d’ailleurs dans la peinture de Léty une place prépondérante, une place de choix, la première place même, et l’artiste excelle à traduire par les colorations de sa palette où les bleus dominent, ce « climat » particulier, cette ambiance grise et brumeuse que nous retrouvons avec plaisir dans ses œuvres rhodaniennes.


Elève du cours municipal de dessin que professait alors Tony Zac*, Hippolyte Léty eut pour condisciples André Bel, Henry et Baptiste Jacquier qui devaient eux aussi continuer dans cette voie. Les dispositions naturelles de l’enfant furent remarquées par le maître qui aussitôt s’intéressa à lui, le guida, le conseilla. A 14 ans, Hippolyte Léty travaille chez un peintre plâtrier de la rue de l’Éperon, le père Domer, sans pour cela cesser de dessiner. Un compagnon plâtrier qui travaille dans le même atelier lui montre quelques essais. Comme l’enfant après avoir passé sa journée à barbouiller, il prend le soir venu des pinceaux plus fins et travaille quelques petites études. La vocation se précise. Hippolyte Léty sera peintre. A l’âge de 17 ans, il entre aux Beaux-Arts à Lyon où il poursuit avec l’aide de Bonnardel. En 1897, deux ans plus tard, Léty titulaire de la Bourse départementale de l’Isère, est à Paris où il a pour maître successivement Luc Oliver Merson, Bonnat et Ferdinand Humbert.


En 1908, il obtient une médaille d’or au Salon des Artistes Français. Trois ans plus tard, nous le trouvons professeur de dessin à l’École des Beaux-Arts de Tourcoing. Il y restera jusqu’en 1938. Mais il ne cesse de peindre. Aux brumes du pays natal, viendront s’ajouter parmi les sites qui l’inspirent ce ciel bas et gris du Nord qui pèse sur des paysages sans enthousiasme, mais non dépourvu de poésie. Depuis son retour dans notre ville, H. Léty a fait plusieurs expositions fort goutées ; celle qui vient de se clore à Lyon, à la Galerie Roger, a été un succès. Le vernissage qui a lieu aujourd’hui même à la Galerie Art-Curiosités, rue Poète-Martial, permettra aux compatriotes de l’artiste de voir jusqu’au 10 janvier, quelques-unes de ses meilleurs œuvres. Parmi celles-ci nous citerons « Porte à Orgon », « Soleil du soir aux Martigues », « Lever de soleil au Lac de Nantua », « Le Lac de Brume au Mont Pilat », « Le Puy des Fées », « Vallée du Rhône vue de Pipet », « La Place Pillard », « Saulaie à Estressin », « Vieux pont sur la Gère », « Le Rhône et le Mont Pilat », etc… Effets du matin, effets du soir où l’intimité des paysages est plus prenante, voilà les heures plus spécialement choisies par Léty pour planter son chevalet et fixer sur sa toile des notations, délicatement colorées, justement observées, baignées d’une lumière douce et bleue, tout cela avec un souci d’expression sincère et de vérité.    


samedi 29 septembre 2012

Charles Auguste EDELMANN (1879 - 1950)



   En 1926, le critique Gaston Varenne dans La Renaissance de l’Art Français et des Industries de Luxe relate l’exposition parisienne de Charles Auguste EDELMANN  à la Galerie Danthon en ces termes : « Je goûte surtout dans l’œuvre de Ch-A. Edelmann ses panneaux décoratifs, ses arquelinades ou ses masques toujours savamment composés. Il vient d’exposer chez Danthon, une soixantaine de toiles et d’excellents dessins qui classent cet artiste très doué et naturellement élégant parmi les bons « symphonistes » de sa génération. Ses nus sont enlevés avec une remarquable aisance et c’est sans doute de son admirable facilité que Ch.-A. Edelmann doit le plus se méfier s’il veut que ses moyens exceptionnels le conduisent à l’œuvre de style que nous attendons de lui ». Si l’on sourit à la lecture de cette conclusion qui ramène l’artiste au rang d’écolier, son auteur a très bien perçu les qualités et le rang du peintre.


Originaire d’Alsace, Charles Auguste Edelmann aura dans sa carrière traité tous les sujets, du nu aux natures mortes, du portrait au paysage. Il aura manié toutes les techniques et supports, travaillant l’huile, le pastel, l’aquarelle, le dessin. Peintre, il fut également graveur et un illustrateur particulièrement prolifique. Ce mélange des genres pourrait-on dire, fut peut-être un frein à sa renommée, et comme de nombreux artistes de l’entre-deux-siècles, Charles Auguste Edelmann laisse une œuvre confidentielle, talentueuse, et le terme du critique est juste, "élégante".


L’artiste naît en 1879 à Soultz-Sous-Forêts dans le Bas-Rhin. Son éducation, apprend-on, fut rigide. Peut-être fit-elle naître cette attirance pour la création artistique ? Charles-Auguste débute sa carrière auprès de Diogène Maillart (1840 - 1926), puis auprès du grand Jean-Léon Gérôme (1824 - 1904) et de Ferdinand Humbert (1842 - 1934). Fort de ce solide apprentissage, il expose néanmoins assez tardivement au Salon à compter de 1909. Bien que devenu parisien, l’artiste ne délaisse pas sa région où il expose régulièrement. Il devient sociétaire des artistes français en 1912 mais la guerre le rattrape avec la mobilisation générale d’août 1914. Charles Auguste Edelmann se marie à Jeanne Alexandrine avant d’être incorporé. Après quatre années de guerre, devenu lieutenant, il sera fait Chevalier de la Légion d‘honneur pour faits d'armes.


De retour à la vie civile, il devient le portraitiste de la femme urbaine et moderne. Ses croquis de nus comme ses natures mortes sont d’une grande maîtrise. L’Art et les Artistes écrit en 1932 : « Modelés, gracieux, dessinés avec aisance dans la lumière et les reflets, sont les nus de Ch.-A. Edelmann, ses natures mortes sont fermes dans un coloris fin et atténué ; la pâte, délicate, est belle. » Les acquisitions de l'État dans les années 20 seront régulières et viendront orner des lieux prestigieux : Palais de l'Élysée, Chambre des députés et ambassades.




Les paysages de l’artiste plus tardifs et rares, feront dire à l’écrivain Francis de Miomandre dans un long article dédié au peintre : « Lui ferais-je un reproche ? Il est doué merveilleusement pour le paysage et il n’en a presque pas fait. Les quelques rares études que j’ai vues de lui (site de Bretagne, de Normandie, de Provence) sont d’une largeur, d’une puissance, et d’une simplicité peu communes. ». L’artiste aura été l'illustrateur de nombreux ouvrages de grands écrivains (Balzac, Musset, Courteline, Kessel, Wilde). Il s’éteint en novembre 1950 à Paris à l’âge de 71 ans.


NB : nous vous recommandons en complément la lecture du site consacré à Charles-Auguste Edelmann http://charlesaugustedelmann.jimdo.com/

dimanche 2 septembre 2012

Carl BRANDT (1871 - 1930)

  

   Carl BRANDT naît le 14 février 1871 à Locketorp en Suède. Son père est tailleur et a priori rien ne prédestine le jeune Carl à la peinture. Sa vocation paraît néanmoins solidement établie puisqu’après s’être formé adolescent, il s’installe comme peintre de métier à tout juste 18 ans dans la ville d’Örebro. Né Svensson, il prend alors le nom d’artiste de Carl Brandt. Il travaille l’huile mais aussi l’aquarelle et le pastel et se marie en 1894 à Ida Rudbeck. Son épouse est issue de l’aristocratie et elle lui ouvre sûrement les portes d’une certaine notoriété. Le couple adopte un fils en 1898 et après quelques déménagements s’installe à Filipstad. Le peintre devient un paysagiste réputé.
 

A compter de 1904, Carl Brandt travaille pour plusieurs éditeurs de cartes postales. Avec plusieurs millions d’exemplaires en circulation, l’édition de cartes est à son apogée et l'artiste produira près de 200 dessins sous différents formats.


Ida décède en 1910 et Carl change alors de vie. Sans son fils, il part s’installer à Stockholm et épouse à 39 ans, la jeune Axelina Karlsson Söderber, onze ans plus jeune. En 1924, le couple s’installe dans une belle villa du quartier d’Hässelby Villastad à Stockholm conçue par l’artiste verrier Simon Gate (1883 - 1945).  Six ans plus tard en 1930, Carl Brandt y décède d’une complication biliaire. Sa veuve revendra la maison quelques années plus tard pour s’installer à Landskrona dans le sud de la Suède.

Peintre nordique, Carl Brandt illustre avec maestria des paysages où un soleil couchant bleuit la neige et fait rougir les pins. L’artiste sera également un mariniste talentueux. Dans toutes ses œuvres, le peintre fixe l’instant, celui où la lumière embellit la nature et crée ces atmosphères délicates aux confins d’un certain romantisme. Carl Brandt laisse une œuvre méconnue qui trouve néanmoins toute sa place dans l’impressionnisme suédois.   


NB : l’artiste est souvent confondu avec Carl Ludwig Brandt (1831 - 1905), artiste allemand ayant émigré aux Etats-Unis en 1852.

samedi 1 septembre 2012

Museum without walls


   À l’initiative de la Public Catalogue Fondation et de la BBC, le recensement de l’intégralité des peintures à l’huile des collections publiques du Royaume-Uni est en cours. Ce sont à terme quelques 200 000 œuvres sur 700 années de création qui seront accessibles en ligne. L’école anglaise y est bien évidemment prédominante mais elle côtoie de nombreux artistes internationaux et français en particulier. Citons Charles Saumarez Smith, ancien directeur de la National Gallery et actuel Directeur de la Royal Academy of Arts, qui dit de ce projet : « It is the ultimate realisation of André Malraux’s dream of a Museum without walls. »

lundi 11 juin 2012

Maurice HAGEMANS (1852 - 1917)


  
   Maurice HAGEMANS est né le 27 août 1852 dans une famille riche et cultivée de Liège en Belgique. Passionné d’archéologie, son père Gustave Hagemans (1830 - 1908) est un égyptologue réputé et un grand collectionneur d’antiquités. Homme de lettres, il illustre de sa main ses ouvrages et articles. C’est à n’en pas douter auprès de son père que son fils Maurice trouvera sa vocation d’artiste. Gustave Hagemans fréquente Félicien Rops (1833 -1898). Ils partent ensemble en 1874 vers les pays nordiques accompagnés des deux fils de Gustave ; Maurice et Paul alors âgés de 22 et 21 ans. Camille Lemonnier (1844 -  1913) dans son livre de 1908, Félicien Rops, l’homme et l’artiste, nous relate ce voyage : « Rops qui, à travers l'art le plus actif, trouvait le temps d'écrire chaque jour une dizaine de lettres qui parfois avaient la longueur d'un chapitre de livre, trouva, par surcroît, le temps de faire de la copie comme un véritable homme de lettres. De Copenhague, en 1874, il envoie à l'Indépendance Belge les premiers articles d'une narration qu'il continue pendant près de deux mois. Avec un ami, Gustave Hagemans, député et savant homme, il était parti assister là-bas à un Congrès d'archéologie. Ensemble ils avaient suivi les séances, vu les Thorvaldsen, visité les fameuses cuisines préhistoriques (Koekkenmoedding), (…) et c'est pour lui l'occasion d'une verve amusée et toujours renseignée. M. Hagemans était accompagné de deux de ses fils. L'un, Maurice, qui devait devenir un peintre brillant, faisait alors son stage d'art. La vie, entre un père qui lui aussi écrivait et un jeune homme qui s'essayait à manier de la couleur, fut plus occupée qu'aventureuse. » C’est sans doute à l’issue de ce voyage que Maurice Hagemans expose pour la première fois à Bruxelles en 1875.


Maurice Hagemans rejoint la colonie d’artistes d’Anseremme où il résidera quelques années. Le village situé au confluent de la Meuse et la Lesse est un lieu de villégiature prisé où se retrouvent de nombreux artistes et écrivains. A l’égal d’Argenteuil, le lieu est propice au canotage que pratique Félicien Rops*. On le voit assis à gauche en maillot rayé sur ces deux photos de la colonie dans les années 80. En février 1879, Maurice Hagemans y épouse Marie Bricard (1865 - 1924). Le couple aura sept enfants dont deux deviendront des artistes de renom : Paul (1884 - 1959) et Germaine (1897 - 1985).


La famille réside à Anvers de 1884 à 1887 où l’artiste peint des marines. Maurice Hagemans se tourne vers l’aquarelle qui aura dès lors sa préférence. Il l’évoque en ces termes dans une lettre érudite : «Mon cher ami, Vous voulez bien me demander mon opinion sur le caractère que « doit » présenter l’aquarelle. Mon avis est qu’il convient de laisser à l’artiste la plus grande latitude sur le choix des moyens à employer pour arriver à produire une œuvre « d’artiste ». Que m’importe la « cuisine » du métier, si le résultat obtenu me séduit et m’émeut ? Les pimpantes et papillotantes machinettes des Italiens nous horripilent, en dépit ou plutôt à cause de leur habileté simiesque. C’est ce qu’un Vingtiste de nos amis appelait spirituellement : la patrouille turque de l’Art. Certes, plus gauches, plus tripotées, plus fatiguées, les aquarelles des maîtres hollandais, tels que Maris, Mauve, Israëls, etc., nous empoignent et nous charment délicieusement. Conclusion : mieux vaut fatiguer son papier que son public. A vous bien cordialement".


Maurice Hagemans illustre dans de nombreuses scènes champêtres la vie des gardiens et de leurs troupeaux. Si l’eau reste présente dans ses œuvres, c’est l’animal qui y tient une place particulière. Au-delà d’un simple naturalisme, l’artiste nous fait sentir dans ses compositions toute l’affection qu’il porte aux bêtes.


A partir de 1887, Maurice Hagemans devient  membre de la Société des Aquarellistes Belges. Il est le co-fondateur un an plus tôt de L'Art Indépendant. Son succès est grandissant et en 1892, le roi Léopold II lui passe commande de quatre panneaux pour le chateau d'Ardenne. L'artiste décède en 1917 à l’âge de 65 ans. Maurice Hagemans repose avec son épouse au cimetière d’Ixelles.


* : Il sera le président de du Cercle nautique de Sambre et Meuse à Namur entre 1862 et 1869.